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5/11/2020 - Formations « ouvertes » : de nouvelles dates: "Ethiek, zin in zinderend zinnigs" (en néerlandais), 15+16 mars 2021 et 25+26 mai 2021.

9h00 – Geetbets : Heerlijckyt van Elsmeren, Belgique. Le cours “Zin in zinderend zinnigs” (en néerlandais): cours de base de deux jours sur l’éthique, une application pratique des grands courants occidentaux en matière d’éthique.

Prix : € 850,00 TVA comprise pour le cours de deux jours avec nuitée. 25% de réduction pour les particuliers, les ASBL et les SC dans le secteur social.

 

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23/10/2020 - L'égalité des chances derrière un voile d'ignorance

À l’occasion du festivalFutureProof de Broederlijk Delen et Oxfam Wereldwinkels, on m’a demandé :

“Lorsque vos petits-enfants se souviendront de ce jour, que trouveront ils inimaginable que nous considérions comme normal aujourd’hui ? En d’autres termes : qu’est-ce qui caractérise notre société aujourd’hui ? Où sont nos angles morts ? “

 

Une des choses qui m’est venue à l’esprit, et que j’ai exprimée dans le podcast, est la suivante :

L’idée de la méritocratie : l’idée comme si on avait éliminé le destin, la coïncidence. .

Je pense qu’ils vont être surpris que nous nous soyons laissé emporter comme ça au début du 21 e

Si vous réussissez, c’est votre propre mérite, et vous ne devez rien ou personne à la gratitude ou à la solidarité ; si vous êtes malheureux ou pauvre, c’est de votre propre faute, vous auriez dû saisir votre chance comme tout le monde. C’est, je pense, une méritocratie en folie.

Il n’y a rien de mal à stimuler l’ambition et l’esprit d’entreprise, je suis tout à fait pour ; c’est utile et nécessaire, mais pas suffisant.

Elle ne tient pas compte de l’imperfection de chaque politique d’égalité de chances, et du hasard que des personnes aux talents différents se heurtent à des obstacles différents.

La stimulation de l’égalité des chances est hyper importante et aussi hyper complexe ; en outre, à mon avis, une société solidaire est nécessaire, parce que le hasard, le parcours vécu et le contexte ne se neutralisent pas de manière simple. La solidarité, fondée sur l’équité, doit y veiller, entre individus, entre groupes, entre pays et entre continents.

Ils regarderont en arrière et diront : “pourquoi n’y avait-il pas une plus grande dose de modestie et de solidarité dans cette ambition de ces gens en 2020 ?

 

Et quel est le rapport avec l’éthique ?

Avec les idées de John Rawls, auteur de “A Theory of Justice” (“Une théorie de la justice”), nous pouvons très facilement tester si une politique d’égalité des chances a réussi à rendre la société suffisamment juste.

Rawls a constaté que les formes les plus justes d’organisation de notre société naissent lorsque les gens passent des accords derrière le “voile de l’ignorance”.

 

Un exemple simple : votre département est réorganisé et vous discutez avec vos 5 managers de la répartition des responsabilités, des objectifs, des budgets et des membres de l’équipe entre les cinq différents services. Votre entreprise valorise la polyvalence.

 Imaginez que chaque responsable sache à l’avance quel service il ou elle va diriger. Tirer et pousser, crier et hurler, souffler et soupirer, remplissent la salle de réunion. Le ou la plus bruyant-e apporte les ressources les plus importantes pour son propre service. Tous les autres restent avec l’idée qu’ils ont trop peu de ressources pour avoir autant de chances de réussite que leur voisin.

 Rawls propose une approche différente : vous dites que nous nous mettons d’abord d’accord sur toutes les allocations de ressources et de responsabilités, et que ce n’est qu’ensuite que le destin décidera qui dirigera quel département. Le “voile de l’ignorance” rend soudain flous vos intérêts personnels. En tout cas, vous voulez toujours avoir autant de chances de succès que les autres, mais comment allez-vous y parvenir ? Et bien, Rawls dit, en donnant à chaque équipe une chance équitable au succès, avec un équilibre égal entre les ressources allouées et les objectifs à atteindre. (*)

  Selon cette théorie de la justice (« justice as fairness »), les gens trouvent le résultat du second scénario plus juste : une fois que vous ne vous souciez plus du rôle que vous allez assumer, vous avez probablement trouvé une répartition juste et équitable des rôles.

 

Le lien avec la nécessité du duo “égalité des chances + solidarité” est alors rapidement fait, à travers une simple théorie.

 Supposons que tout le monde doive redémarrer sa vie. Demandez à chacun combien d’argent il souhaite donner pour avoir plus de chances de renaître dans un endroit particulier de la planète, ou simplement pour éviter un autre endroit. Ou plus simplement : combien d’argent seriez-vous prêt à dépenser pour rester dans le pays où vous vivez actuellement? Ou sur le continent où vous vivez actuellement? Ou combien d’argent voulez-vous donner pour être exempté de la loterie de la renaissance? Tant qu’il y aura des gens qui voudront parier de l’argent, les résultats des politiques d’égalité des chances dans notre monde ne seront pas tout à fait satisfaisants.

 Bien sûr, les préférences personnelles jouent également un rôle, quelqu’un peut préférer la ville à la campagne ou vice versa ; vous pouvez neutraliser cela en éliminant le type de climat, urbain-plateau-côte et autres éléments préférentiels en limitant par exemple l’échange virtuel à votre propre municipalité. Ou : vous voulez faire un swap avec une personne exerçant la même profession dans un autre pays, juste pour un trimestre?

 Tant qu’il y en a qui ne veulent pas échanger leur rôle contre une autre position dans la société, la façon dont nous organisons l’égalité des chances n’est pas encore assez « juste de la façon Rawls ». Nous avons besoin de solidarité pour rendre tout cela équitable.

 Peut-être devrions-nous inclure un tel thermomètre d’ignorance dans nos statistiques sociales : l’indicateur d’inégalité : (la somme d’argent “je reste où je suis” + la somme d’argent “j’échange, je fais le swap avec une autre”) / le pourcentage “ça m’est pareil”. Un score plus haut égale à la constatation que les résultats de notre politique d’égalité des chances sont faibles.

 

A l’inverse, selon Rawls, seule la solidarité n’est pas béatifique non plus, il n’a certainement pas dit que seule une égalité totale peut combler notre sens de la justice. Il a formulé un certain nombre de conditions pour que les gens perçoivent les différences entre les gens comme étant justes, et l’une de ces conditions est précisément que chacun ait un accès égal à un rôle qui bénéficie d’une différence avantageuse.

 

Ce texte aurait donc pu commencer de manière complètement différente : la solidarité ne suffit pas, il faut aussi l’égalité des chances. Mais ça, c’est pour la prochaine fois.

 

(*) S’il n’est pas très crédible que chaque responsable puisse gérer chaque département, un autre principe de Rawls suggère encore une approche plus juste de la réorganisation. Impliquez des personnes qui n’ont aucun intérêt à fausser l’équilibre entre les objectifs/ressources, ou créez des objectifs de groupe, ou faites dépendre le bonus (si vous vraiment voulez utiliser ce type de rémunération) du résultat le plus bas au sein de l’équipe de direction.

7/10/2020 – Les Lumières entre Alost et Bruxelles.

Le maire d’Alost a dit qu’il refusera les patients bruxellois covid-19 parce que les autorités bruxelloises doivent apprendre à adopter une politique de corona plus stricte, “les limites de notre solidarité médicale ont été atteintes”.

 

Oui, que faut-il en penser?

Je me suis dit, voyons ce qu’en penserait le philosophe des Lumières, Emmanuel Kant, encore souvent cité. Nous nous accrochons tous aux valeurs des Lumières de nos jours, n’est-ce pas ? Beaucoup pensent qu’elles nous définissent bien, comme peuple, comme culture, comme opinion publique.

 

Kant a recherché certains critères qui s’appliqueraient toujours pour déterminer si votre comportement est éthique ou non. Non pas ces règles qui s’appliquent parfois si et parfois non, mais des normes qui s’appliquent tout simplement toujours à tous et en toutes circonstances. “Catégorique” quoi. Vous deviez les suivre, sinon votre comportement ne serait pas éthique, point à la ligne. Et le devoir est un impératif, donc ce qu’il cherchait était un impératif catégorique.

 

Le point de départ de ces règles était que chaque être humain est un être rationnel avec une dignité que personne ne devrait renier. Vous êtes également libre, et cette liberté donne du poids aux choix que vous faites : votre comportement n’est vraiment éthique que si vous avez également eu le choix d’agir de manière non éthique, mais en toute liberté vous avez consciemment opté pour l’action la plus éthique. L’intention compte.

Il a finalement formulé trois règles dans son “impératif catégorique”. L’une des trois est la suivante : vous ne pouvez pas utiliser un être humain uniquement comme un moyen d’atteindre un autre objectif. Traiter chaque être humain comme une fin, et non comme un simple moyen à une autre fin. Si un être humain est blessé, manipulé ou maltraité, aucune fin ne justifie les moyens, selon Kant.

C’est une règle très appropriée pour régler une question d’actualité : la noyade de personnes réfugiées en Méditerranée, en fonction d’un effet dissuasif accru auprès de la population des pays d’origine. Vous utilisez une vie humaine comme moyen de communication? Je crois bien, et je pense que cela ne passerait pas le test éthique de Kant. Kant dirait : “Sauvez d’abord chaque être humain, et les effets sur la perception des autres candidats réfugiés sont secondaires”.

La question d’Alost-Bruxelles peut également être mise à l’épreuve: peut-on refuser à une personne des soins intensifs, afin de régler un problème de gestion publique ou, pire encore, une rivalité politique? Laisser quelques malades mijoter dans l’incertitude juste pour donner des leçons à leurs collègues politiques? Selon les valeurs des Lumières, il est clair que ce serait une violation flagrante du principe “la personne comme fin, pas uniquement comme moyen”. Et donc, selon Kant, ce n’est pas éthique.

Comme pour toutes les règles d’éthique, il y a des limites à l’interprétation aveugle de cette éthique du devoir. Si vous payez un salaire à quelqu’un pour tondre votre pelouse, n’utilisez-vous pas ce jardinier comme un simple outil, un moyen? Si vous traitez ce jardinier avec respect, et si l’accord sur le paiement de cette corvée a été ratifié par les deux parties en toute autonomie, alors “purement comme un moyen” ne s’applique pas. Une conclusion différente se dégage si une personne impliquée se sent manipulée ou abusée.

Traiter un être humain comme un simple moyen, c’est lui nuire délibérément, en fonction d’un autre objectif.

Oui, je vous entends dire, mais il se peut que pendant une pandémie, vous ne puissiez pas toujours donner un lit à tout le monde? Alors on nuit, non? Supposons que les hôpitaux soient inondés, vous devriez choisir qui vous accueillerez et qui vous n’accueillerez pas. Dans ce dernier cas, n’est-on pas “en train d’infliger délibérément des dommages” ?

Eh bien, tout d’abord, ce n’est pas en fonction d’un autre objectif. Deuxièmement, Kant a également pensé qu’il fallait toujours regarder le degré de liberté et d’intention, et pas seulement le comportement concret. Si vous n’avez pas la possibilité et la liberté de soigner tout le monde, vous ne devez pas vous en vouloir de ne pas pouvoir remplir cette option impossible. Du moins tant que vous n’avez pas eu l’intention de refuser consciemment aux gens de s’en soucier. Contrairement, si vous vous comportez de la même manière mais vous avez l’intention explicite de causer des dommages sans que les circonstances ne vous placent devant un dilemme, alors cette même action n’est pas éthique, selon Kant.

Vous pouvez donc vous demander si tous les lits d’Alost sont occupés en ce moment, et si les soins sont refusés par nécessité ou par intention. Un extrait d’un journal :

“Ce n’est pas le cas que la capacité soit dépassée par les personnes venant de Bruxelles”, déclare le porte-parole Chris Van Raemdonck (de l’ASZ). “Ce n’est certainement pas le cas.” (De Morgen)

Ne serait-il pas agréable qu’en de telles matières, nous ayons tous à suggérer “l’homme comme une fin, pas seulement comme un moyen”, et que chacun comprenne immédiatement ce que nous voulons dire? Que ce concept fait partie de notre vocabulaire commun, enseignée à l’école pour rendre le dialogue sur notre sens de la justice plus efficace ?

Les ateliers de misère : non-éthique parce que “l’homme est une fin, pas seulement un moyen”! Expulser des enfants qui sont nées ici parce que “la loi est la loi et nous ne voulons pas créer une perception d’impunité” : ne le faites pas, “l’homme seulement comme moyen”! Une entreprise pharmaceutique qui intervient dans la couverture médiatique du cri de détresse des parents d’un enfant malade, juste au moment où un accord est négocié avec le ministre de la santé sur le prix du médicament : c’est contraire à l’éthique de Kant, et il a un concept pour nommer cela : “l’homme comme simple moyen” !

Cool, ce Siècle des Lumières.

 

https://www.demorgen.be/nieuws/aalst-wil-brusselse-coronapatienten-weigeren-grenzen-van-medische-solidariteit-zijn-bereikt~bfc14944/

https://www.standaard.be/cnt/DMF20130503_00566874

https://www.tijd.be/politiek-economie/belgie/algemeen/ziekenhuizen-elke-dag-opnieuw-moeten-we-puzzelen/10256174

24/09/2020 - Un économiste de la santé a-t-il une autre boussole morale que vous et moi ?

Les économistes de la santé, en justifiant leurs positions, mettent souvent l’accent sur la réflexion des conséquences positives et négatives de leurs propositions, et soutiennent qu’il vaut mieux choisir l’action ayant le plus grand impact positif net sur la société. Une sorte de comptabilité des plus et des moins résultant d’une action, et l’action ayant le gain net le plus important est alors le choix le plus éthique (“Une analyse coûts-bénéfices, donc”, vrtnws.be 31/3/2020).

Cette façon de délibérer moralement est-elle basée sur la pensée historique?

Oui, au XVIIIe siècle, il y a eu une réaction à la domination de l’éthique de l’époque imposée d’un point de vue religieux, ce qui signifiait que vous deviez mener une vie vertueuse, sinon Dieu vous punirait. Le conséquentialisme, ou l’éthique des conséquences, ne voulait plus d’une boussole morale basée sur la peur, affirmait que l’homme pouvait lui-même peser ce qui était le mieux pour lui, et partait pour l’impartialité et l’utilité : le plus grand bonheur pour le plus grand nombre de personnes. Vous êtes responsable des conséquences de vos actes, et vous n’avez d’éthique que lorsque vous examinez les conséquences pour chaque personne affectée par vos actes, et que vous agissez ensuite en fonction de ce qui est le plus bénéfique au total.

Ce mouvement éthique a historiquement promu beaucoup de bonnes choses, comme le suffrage universel, et compte encore de nombreux et influents partisans. Il y a Peter Singer, par exemple, qui a grandement influencé la réflexion sur le bien-être des animaux et l’efficacité de l’aide au développement. On peut également dire que la politique climatique gagnerait à être un peu plus consciente des conséquences à long terme que la politique actuelle.

Mais le pur raisonnement selon l’éthique des conséquences se heurte aussi en fin de compte à des limites.

Imaginez que vous êtes un médecin urgentiste et que dans votre service il y a quatre patients : un homme presque en bonne santé et trois personnes qui ont chacune un organe défaillant différent. Sans organe de donneur, ces trois personnes mourront rapidement. L’éthique des conséquences dirait ici: la meilleure chose à faire est de sacrifier l’homme sain (un moins) et de sauver les trois autres avec les organes de cet homme (trois plus). Effet net : + deux. Tout le monde sentira que cela ne colle pas tout à fait à votre sens de la justice : apparemment, le droit individuel à l’autonomie sur son corps nous semble tous à peser lourd dans cette question. Le regard du conséquentialiste semble voir la forêt, mais pas les arbres.

L’application d’une éthique des conséquences a donc ses limites, car elle met les minorités sous pression: le bénéfice total pour la majorité semble l’emporter sur les droits fondamentaux de quelques-uns. Très souvent, le concept de “soutien de l’opinion publique” est l’articulation d’un raisonnement de conséquences: par exemple en temps de corona un conséquentialiste pourrait dire: “la majorité aspire à plus de liberté de mouvement, donc je trouve que les nombreux petits plus qui vont avec le fait de rendre cette liberté de mouvement à la majorité sont décisifs, indépendamment des conséquences négatives majeures pour quelques-uns”.

Une autre difficulté est que toutes les conséquences ne peuvent pas être exprimées en chiffres, et en plus, les conséquences peuvent parfois être mal jugées. Par exemple, selon des études récentes, l’impact des mesures strictes contre le corona sur l’économie semble être moins important qu’on ne le pensait initialement : ç’est plutôt le niveau de peur pour le virus qui influence la volonté des consommateurs à dépenser (comme le soulignent notamment Gert Peersman et Paul De Grauwe).

L’éthique des conséquences est donc très sensible au soin avec lequel elles sont traitées.

Et il est souvent utile de mieux raisonner sur le plan éthique si on le combine avec la réflexion sur d’autres concepts éthiques, tels que les devoirs et les droits, la liberté, l’autonomie, la responsabilité et les vertus.

Heureusement, les économistes de la santé le confirment parfois à contrecœur : “Dans certains cas, le calcul de l’économiste de la santé ne compte pas. (De Standaard, 1/4/2020)

Quelle serait, par exemple, la conséquence si les hôpitaux commençaient à refuser les patients atteints de corona et abandonnaient le principe selon lequel la société prend soin de tout le monde? Peut-être que le personnel de santé refuserait alors de travailler, au motif qu’il n’est pas juste que les personnes les plus exposées au risque d’infection ne se voient plus proposer de soins. Quelles seront les conséquences politiques si les citoyens qui ont contribué toute leur vie au financement de la sécurité social remarquent que le gouvernement dit qu’il est bien OK de ne plus faire de son mieux pour tout le monde?

Il semble que ce soit une bonne chose que la politique ne soit pas axée sur un examen unilatéral des conséquences, mais que d’autres principes doivent également jouer leur rôle.

Peut-être que les droits et les devoirs, les vertus et la justice devraient fixer la limite inférieure de la politique, et dans ce cadre alors nous pouvions choisir la politique ayant les conséquences les plus positives sur le bien-être.

24/09/2020 - Date supplémentaire de la formation ouverte "Éthique : faire du sens" : 7+8 décembre 2020

9h00 – Geetbets : Heerlijckyt van Elsmeren, Belgique. Le cours “Zin in zinderend zinnigs” (en néerlandais): cours de base de deux jours sur l’éthique, une application pratique des grands courants occidentaux en matière d’éthique.

Prix : € 850,00 TVA comprise pour le cours de deux jours avec nuitée. 25% de réduction pour les particuliers, les ASBL et les SC dans le secteur social.

 

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23/09/2020 - Un virologue a-t-il une autre boussole morale que vous et moi ?

En Belgique, les virologues sont liés par le serment du médecin et le code des médecins. L’essence de cette démarche est “une médecine de qualité au service de nos semblables et de la société…”, avec des principes directeurs tels que le professionnalisme, le respect, l’intégrité et la responsabilité.

L’essence de ces lignes directrices est que vous respecterez la dignité et l’autonomie de la personne nécessitant des soins avec intégrité et professionnalisme dans votre tentative de la rétablir. Et avant tout: ne faire de mal à personne.

L’éthique de la vertu :

Une partie de ce code repose sur l’idée qu’un médecin doit se comporter de manière vertueuse : il doit faire de son mieux, être courageux, traiter tout le monde de la même manière, rejeter les excès, faire preuve de bon sens et, en toutes circonstances, prendre la responsabilité de ne pas nuire à la profession. “Améliorez le monde, commencez – en tant que médecin – par vous-même”.

En éthique, c’est le mouvement connu sous le nom d’éthique de la vertu. D’un point de vue historique, elle figurait déjà chez les philosophes grecs, et elle est encore très présente aujourd’hui ; p.ex. via l’éthicien vertueux Alisdair MacIntyre, elle a fortement influencé la politique d’intégrité des gouvernements.

En effet, montrer l’exemple permet souvent d’influencer positivement son environnement (neurones miroirs, vous vous souvenez?), et en appliquant cette approche vous gardez tout en main et ainsi on évite le fatalisme.

Le thème central du courage et de la responsabilité explique aussi que les virologues suggèrent parfois avec indignation que les politiciens n’ont pas osé défendre les décisions politiques dans les médias. Et le principe de non-violence explique l’attente que des ressources soient mises de côté pour fournir un lit d’hôpital à chacun.

Mais un focus trop étroit sur ses vertus n’est pas toujours d’application: si votre opinion blesse inutilement quelqu’un, ne laisseriez-vous pas votre honnêteté vertueuse derrière vous? Il semble que parfois, il faut également évaluer les conséquences de vos actes et pas seulement les vertus. Pour le dire crûment: le regard d’un éthicien vertueux ne voit souvent que son arbre, et non la forêt. Pour les épidémiologistes, cela est assez évident, ils regardent effectivement bien au-delà du traitement du patient individuel, mais passent parfois à côté des conséquences non médicales dans leur analyse.

L’éthique du devoir :

Une autre partie de l’idée derrière le code des médecins est que chaque être humain a une dignité et une autonomie que tout autre être humain doit respecter. C’est également la thèse centrale d’Immanuel Kant, le philosophe du Siècle des Lumières qui a souligné la responsabilité que nous avons sur nos actions. Il affirme que nous sommes des êtres rationnels libres et que des droits et des devoirs en découlent; nous ne pouvons agir que dans le respect de la dignité et de la liberté de chaque être humain. D’où l’accent mis dans le Code des médecins sur l’autonomie et le respect du patient.

L’éclosion de l’idée des droits de l’homme est la principale réalisation historique de cette philosophie, qui aujourd’hui reste d’une actualité incontestable. Les multiples tentatives (par le langage, par le « framing ») de déshumanisation de groupes tels que les réfugiés ou les immigrants pourraient être considérées comme une confirmation du fait que le respect des droits des hommes est ancré dans le sens de la justice de chacun : ce n’est que lorsque nous ne considérons plus les autres comme des êtres humains que notre conscience nous permet de leur refuser leurs droits.

Le problème de l’application aveugle de cette approche de principe réside dans la pénurie des ressources. Même un médecin doit parfois recourir au triage : qui vais-je traiter en premier et qui devra attendre? Autre exemple : vous ne pouvez pas continuer à tester chaque médicament indéfiniment jusqu’à ce que vous soyez sûr qu’il n’y a vraiment aucun effet secondaire sur n’importe quel type de maladie rare. Parfois, il faut avoir le courage de prendre une décision au moment où l’on dit que l’on a fait de son mieux et que les conséquences d’en faire encore plus seraient négatives. “Le mieux est l’ennemi du bien”.

Avons-nous également besoin d’une éthique des conséquences et d’une éthique de la justice ?

L’orientation donnée aux médecins par le code et le serment est guidée par l’éthique de la vertu et l’éthique du devoir, elle semble un excellent guide car elle encourage l’action, prend en compte les droits du patient et place la barre très haut pour le médecin lui-même. Mais le besoin d’une vision sociale plus large et la pénurie des ressources dans notre société signifient que cette approche vertueuse et consciencieuse des questions sociales bénéficiera d’un examen critique des conséquences.

Chacun a une boussole morale individuelle qui porte les traces de chaque concept éthique.

Je crois que les virologues, les économistes de la santé et les politiciens sont effectivement prêts à faire des compromis et sont conscients de la différence de points de vue associés à leur rôle spécifique. Il ne fait aucun doute qu’ils sont tous rationnellement capables de reconnaître les limites de la forme de raisonnement éthique dominante dans leur métier, et chacun d’entre eux possède sans aucun doute une boussole morale individuelle qui porte les traces des autres concepts éthiques.

Toutefois, je pense que la reconnaissance active du type de considération morale qui vous motive structurellement, vous ou votre interlocuteur, peut conduire à un dialogue plus conscient et plus équilibré. La reconnaissance de la responsabilité individuelle (vertu), ainsi que de la responsabilité de ses actes (éthique du devoir) et des conséquences de ses actes (éthique des conséquences), est cruciale chez les décideurs politiques car ces trois éléments ont leur place dans notre sentiment éthique civil.

PS : Nous parlerons plus tard de l’éthique de la justice.

Code de l’ordre des médecins, et serment du médecin :

https://www.ordomedic.be/nl/code-2018/inhoud/

https://www.ordomedic.be/nl/orde/artseneed/

18/09/2020 - Date supplémentaire de la formation ouverte "Ethiek : zin in zinderend zinnings" (en néerlandais) : 12+13 novembre 2020

9h00 – Geetbets : Heerlijckyt van Elsmeren. Le cours “Zin in zinderend zinnigs” (en néerlandais): cours de base de deux jours sur l’éthique, une application pratique des grandes théories occidentales en matière d’éthique.
Prix : € 850,00 TVA comprise pour le cours de deux jours avec nuitée. 25% de réduction pour les particuliers, les ASBL et les CV dans le secteur social.

 

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10/06/2020 - Podcast de la VRT sur l'éthique et la durabilité dans les banques

Podvis, vrtnws.be, 10 juin 2020 :  “L’argent propre, ça existe?”

Interviews : Jan Holderbeke ; Edition : Christine Van Tichel.